Le pont de Trévouse

 

Le pont de Trévouse permet à la D181 de traverser la Sorgue d’Entraigues à hauteur du hameau de Trévouse, emplacement en 1431 du premier moulin à papier de la commune d’Entraigues.

 

 

Jusqu’au XVIème siècle, le plus court chemin de Monteux à Saint Saturnin les Avignon traverse une plaine parfois marécageuse, et franchit la Sorgue d’Entraigues par le gué  « des 4 gaffes ». Sur la rive gauche, trois chemins s’offrent alors, à qui vient de l’est : l’un, au nord, mène à Entraigues, l’autre, au sud, va à Saint Saturnin et, le troisième, traversant le Plan direction sud-ouest, conduit à Gromelle (ce site industriel, installé au bord du canal de Vaucluse, papeterie depuis 1835, est né en 1204)

 

 

En 1514, Jean-Jacques de Trivulce, grand Maréchal de France, est propriétaire de plus de 200 hectares de ce territoire structuré par deux bras de Sorgue ; il obtient d'utiliser le cours de l’un d’eux pour introduire la culture du riz, richesse de sa plaine du Pô natale. Il serait ainsi à l’origine du creusement du canal de la Faible qui part de la Sorgue de Velleron, un peu en amont du pont de l’Avocat, pour rejoindre, à Trévouse, la Sorgue d’Entraigues.

Trivulce fait aménager le moulin et des bâtiments techniques pour détriter la céréale, fait construire la bastide de Trévouse.

Le vieux gué, passage aléatoire, n’est pas adapté au charroi des récoltes : un premier pont est probablement érigé, en bois.

 

Le Maréchal de Trivulce meurt en 1518 (on peut se demander si ce vainqueur de Marignan est jamais venu à Entraigues…).

Le riz ne sera pas longtemps détrité dans le moulin de Trévouse, certains historiens pensent même que le moulin rénové serait resté moulin à toiles, puis redevenu moulin à papier.

Au fil du temps, l’affectation des bâtiments continuera de fluctuer au gré de l’économie : trituration de la Garance (1833), fabrique de cartes à jouer, de bière, glacière. La fermeture définitive intervient en 1958.

 

Le pont lui aussi va évoluer. Pendant des siècles, à la différence des autres ponts du territoire qui se convertissent à la pierre, il reste de bois ; en 1776, l'enregistrement d’une transaction entre la famille Payen et le marquis d' Euvrich par la Chambre Apostolique de Carpentras, évoque le  « grand pont de bois qui existe sur la Sorgue ».

 

Au XIXème siècle, le pont devient le centre de nombreux documents, son utilité… et sa vétusté allant croissant :

En 1805, il a besoin de réparations très urgentes, mais les 2 400 francs du devis font reculer les syndics qui le gèrent.

En 1813, il faut reconstruire. Les syndics optent pour un ouvrage mixte : culées et piles en maçonnerie, tablier et parapet en bois.

 

 

Depuis le pont actuel, on distingue encore, en période de basses eaux, les fondations qui soutenaient les anciennes arches en bois de ce pont mixte qui n’a pas duré : Dès 1820, l’état du pont est redevenu critique «  Ayant soigneusement examiné l'état actuel du pont, j'y ai reconnu l'urgente nécessité de le reconstruire le plus tôt possible, ... il présente un danger imminent : il a donné dans toutes les parties... la charpente s'écroulerait infailliblement si l'on néglige davantage sa reconstruction " diagnostique un maçon.

Des travaux conséquents de consolidation sont entrepris, mais le budget est des plus serré : « (…) reconstruire une pile entre les deux culées sur une longueur de 6 mètres pour 1.25 m de largeur et 2.50 m de hauteur; abaisser chacune des culées de septante cinq centimètres ; utiliser 12 poutres pour la reconstruction ; la fondation de l'ancienne pile " ne se trouvant pas bien dans le milieu entre les deux culées, l'entrepreneur placera les six plus grosses poutres à  l'endroit qu'il aura le plus d'espace... ". L'entrepreneur sera chargé de faire le batardeau à  ses frais et dépenses, ainsi que l'épuisement des eaux jusqu'au bas-fond de la Sorgue »

 

1849 : L'état du pont rend son usage dangereux. Des travaux sont absolument nécessaires, mais qui doit les financer ? Les propriétaires terriens répond Entraigues, s'appuyant sur le fait que le chemin des Herbages, qui traverse le pont, appartient à des propriétaires privés. La commune d'Entraigues, répondent ceux-ci, qui habitent Entraigues, mais aussi Althen des Paluds ou Saint Saturnin !  Pour obtenir gain de cause, des propriétaires, qui font partie du conseil municipal d'Althen, écrivent au Préfet et demandent que le chemin devienne vicinal, la commune concernée devenant responsable de l'entretien du pont traversé ! En réponse, le Maire d’Entraigues interdit le passage sur le pont "aux charrettes attelées à  plus de deux colliers" Les propriétaires concernés doivent faire exécuter à leurs frais les réparations les plus urgentes, et le Préfet doit réfléchir à une décision de classement !

 

Le Préfet de Vaucluse réfléchit pendant près de 10 ans avant de déclarer, le 29 décembre 1856, le pont « d'intérêt commun ». 

 

L'ouvrage n’est pas sauvé pour autant : le devis estimatif de la reconstruction se monte à 4.000 francs. Le Préfet décide que les communes concernées doivent contribuer à  la dépense : Entraigues pour 50 %, soit 2.000 F, Saint Saturnin pour 20 %, soit 800 F, Althen les Paluds et Pernes chacune pour 15 %.

… Et les « communes concernées » discutent, tant et si bien que les travaux ne commencent en septembre, et qu'ils ne sont pas terminé lorsque la Sorgue se fâche : le 28 septembre 1857, dans la nuit, tout s’écroule !

 

Il faut imaginer encore presque deux ans de protestations, de tractations, d’interventions, deux ans pendant lesquels le manque d’un pont à Trévouse doit se faire cruellement sentir. A la mi-juillet 1859, enfin, les travaux de reconstruction sont entrepris. Le maçon, parait-il, aurait pris son temps, cependant que la Sorgue prenait ses aises, n’acceptant que partiellement sa mise à sec. L’histoire ne dit pas s’il y eu des « pénalités de retard », mais, depuis la fin du mois d’octobre 1859, le pont garde, profondément gravée dans la pierre, la signature du maçon qui l’a construit pour la postérité : François Courbet.

 

 

                                     

 

vue de l’aval 

 

Autres photos du pont de Trévouse

 

Cet article n'existerait pas sans :

Vanessa Fournet, ses talents de photographe et sa science de la recherche sur Internet

Jean-Luc Barcelli, qui nous a guidé vers les bons documents et a partagé avec nous sa culture

Tous les érudits qui ont fait oeuvre d'historiens :  L'Association Pour le Développement Culturel d'Entraigues, auteur et éditrice en 1998 de l'ouvrage collectif "Entraigues Sur La Sorgue, Interaquae, L'eau source de vie et de conflits", ainsi que la revue Timbromania (dossier de décembre 2002), qui a publié sur internet un résumé de cette recherche, la rendant accessible à tous.

                                                        

 

Sur le pont, une plaque donne l’altitude du  site par rapport au niveau de la mer.

 (Le zéro de nivellement fut fixé par une décision ministérielle du 13 janvier 1860 donnant comme niveau moyen de la Méditerranée, le trait de 0,40 m de l'échelle de marée du fort Saint-Jean à Marseille. Ce zéro fut appelé « zéro Bourdaloue », parce qu'établi de 1857 à 1864 par Paul-Adrien Bourdaloue.)

Détail amusant : un employé, sans doute distrait, a fixé au parapet de ce pont

 sur la Sorgue d'Entraigues, un repère altimétrique destiné à la Sorgue de Velleron !

 

 



Les réactions

Avatar Christophe GATELLIER

Que de souvenirs, j'ai grandi aux "Glacières de Trevouse", avec Olivier mon cousin. Mais Grandeur et Décadence, ce patrimoine dont notre grand mère nous a raconté l'histoire dans un livret qui commence par " l'histoire du Petit Trevouse raccompte à mes petits enfants ". À 56 ans, je me rends compte de la chance que j'ai u de vivre une si belle jeunesse à Trevouse.

Le 16-09-2015 à 23:15:15

Avatar Pierre ROUSSEAU-HOESL

Je partage les mêmes souvenirs que mon petit-cousin Olivier. Pour moi c'était avec ma mère Jacqueline HOESL-ROUSSEAU, mon grand-père Jean HOESL et Fanny HOESL-MORIZON que nous appelions "Tante Fanny". Quel endroit magnifique ! En leur mémoire et dans mon cœur. Pierre

Le 20-08-2015 à 21:29:08

Avatar Olivier AUDIBERT

Merci pour l'histoire de ce pont ou j'allais me promener enfant avec mes cousins cousines et ma grand-mère Fanny Morizon.
Nostalgie

Le 04-04-2014 à 19:23:47

Avatar jean Pierre Saussac

Ouvrage remarquable dont l'histoire devrait être portée à la connaissance des enseignants & écoliers des villages riverains

Le 27-08-2013 à 09:04:46

Avatar barcelli

Bonjour,
Si vous souhaitez approfondir l'histoire de ce pont, vous pouvez consulter l'ouvrage édité par l'ADCE " l'eau source de vie et de conflits" et concernant les ouvrages sur la sorgue dans le territoire d'Entraigues. Il ne s'agit pas d'un graffiti mais de la signature du maçon ayant construit ce pont en amont du précédant en bois dont on distingue encore les fondations par basse eaux. Cordialement. JLB

Le 20-08-2013 à 13:58:42

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