Agriculture et biodiversité

 

Moins d’agriculteurs,

c’est aussi moins de biodiversité

ddUn quart des exploitations

agricoles a disparu

depuis 2000, au bénéfice

d’un agrandissement

des exploitations restantes.

ddLa déprise agricole

a bénéficié pour l’essentiel

aux zones urbanisées.

ddLes écologistes déplorent

une tendance qui n’est

pas favorable à la biodiversité.

Inexorablement, la baisse du

nombre d’agriculteurs se poursuit

en France à un rythme soutenu. Les

statistiques du recensement agricole

rendues publiques la semaine dernière

(lire La Croix du 14 septembre)

le montrent encore une fois : un

quart des exploitations agricoles a

disparu depuis 2000. « Ce n’est pas

une bonne nouvelle pour l’environnement,

assure Amandine Lebreton,

coordinatrice agriculture à la Fondation

pour la nature et l’homme

(anciennement Fondation Nicolas

Hulot). Que ce soit du point de vue

de la vie rurale ou même strictement

d’un point de vue environnemental,

nous n’avons aucune raison de nous

réjouir de cette évolution. »

Il est d’abord faux d’imaginer que

la baisse du nombre d’exploitations

entraîne le retour à l’état naturel de

larges pans du territoire. L’augmentation

de la taille des exploitations

compense en effet quasi intégralement

la réduction de leur nombre.

En clair, sauf dans les régions les

plus difficiles, une ferme libérée

trouve immédiatement preneur.

« La superficie moyenne des exploitations

agricoles gagne 13 hectares,

elle atteint 55 hectares en 2010 et

même 80 hectares pour les moyennes

et grandes exploitations », précise

l’étude Agreste sur le recensement

agricole. Alors que le nombre d’exploitations

a chuté de 26 % entre

2000 et 2010, les surfaces agricoles,

elles, n’ont reculé que de 3 %. « C’est

une évolution qui va plutôt dans le

mauvais sens, avance Jean-Claude

Bévillard, chargé des questions agricoles

à France Nature Environnement.

Même si le mal est déjà fait en

grande partie, le regroupement des

parcelles a plutôt tendance à favoriser

la mécanisation et la disparition

des haies et des bordures végétales,

qui sont des refuges de la biodiversité.

» Pour Amandine Lebreton, le

risque essentiel réside dans la spécialisation

renforcée des régions et

des exploitations, avec une « concentration

des impacts sur l’environnement

». Selon les statistiques

d’Agreste, ce sont en effet les petites

exploitations de polyculture élevage

qui disparaissent le plus vite, alors

que le nombre des exploitations

« moyennes et grandes spécialisées

en céréales et oléoprotéagineux » a

lui tendance à augmenter.

Plutôt défavorable à la biodiversité,

l’évolution actuelle peut cependant

présenter un avantage. « La

question des pratiques agricoles est

essentielle, assure ainsi Christian

Huygue. Ce sont souvent les petites

exploitations, menées par des exploitants

âgés, qui passent le relais.

Les agriculteurs qui prennent la relève

ont des niveaux de formation

plus élevés et une plus grande capacité

à innover. On constate ainsi

qu’ils ont des pratiques plus raisonnées

dans l’utilisation des engrais et

des produits phytosanitaires, pour

des motivations à la fois économiques,

environnementales et même

sanitaires. »

Quant aux 3 % de terres qui en

dix ans sont sorties de l’orbite de

l’agriculture, elles ne retournent pas

à l’état sauvage. Bien au contraire.

Pour l’essentiel, elles sont absorbées

par l’extension des villes, des zones

industrielles et commerciales ou

encore des infrastructures de transport.

« Les espaces artificialisés se

sont accrus d’environ 3 % entre 2000

et 2006 et occupent désormais plus

de 5 % du territoire métropolitain,

précise ainsi une étude du commissariat

général au développement

durable publiée en février 2011. Leur

accroissement global entre 2000 et

2006 s’est fait à 90 % aux dépens

d’espaces agricoles. » Avec des conséquences

néfastes sur l’environnement,

l’imperméabilisation des sols

limitant leurs capacités d’épuration

et de régulation des eaux. « Chaque

année, 74 000 hectares de terres agricoles

sont convertis en zones commerciales,

infrastructures routières,

lotissements », estime ainsi le ministère

de l’agriculture. « Les lois

Grenelle et la loi de modernisation

agricole de 2010 tentent de lutter

contre l’artificialisation des sols, mais

sans résultat pour le moment »,

constate Jean-Claude Bévillard.

Une infime partie d’anciennes

terres agricoles est ainsi livrée

chaque année à l’embroussaillement,

et à terme à la forêt. Mais

même dans ce cas, le bilan environnemental

n’est pas forcément bon.

« La déprise agricole concerne surtout

les zones de montagne, dans

lesquelles les petits éleveurs n’arrivent

plus à subsister, rappelle Amandine

Lebreton. Or avec les prairies de

montagne, l’agriculture avait créé

un écosystème en équilibre, qui est

menacé par ces changements. »

Mais c’est surtout la vie en milieu

rural qui soucie aussi bien les agriculteurs

que les associations écologistes.

« Comment vivra-t-on en

Beauce, avec quatre voisins à des

kilomètres à la ronde ? », s’inquiète

ainsi Amandine Lebreton.

EMMANUELL E RÉJU

« Chaque année,

74 000 hectares

de terres agricoles

sont convertis en

zones commerciales,

infrastructures

routières,

lotissements. »

Moisson de blé dans la Beauce. L’augmentation de la taille des exploitations inquiète les agriculteurs et les associations écologiques.

Manolo Mylonas/Fedephoto

POLITIQUE L’interview de DSK suivie

par 13,4 millions de téléspectateurs

L’interview de Dominique Strauss-Kahn sur TF1 dimanche

a rassemblé 13,4 millions de téléspectateurs.

Un record pour un journal télévisé depuis les violences

urbaines de 2005. L’ancien directeur du FMI a reconnu

une « faute morale » et avoir manqué son « rendez-vous

avec les Français ». Mais l’intervention a provoqué de

nombreuses critiques de féministes et au sein de la

majorité. Au Parti socialiste, on veut tourner la page.

« L’ordre du jour, c’est le présent du combat politique »,

a déclaré hier David Assouline, secrétaire national à la

communication.

SANTÉ La Haute Autorité

suspend six recommandations

Après avoir retiré ses recommandations sur le traitement

du diabète et la maladie d’Alzheimer, la Haute Autorité

de Santé (HAS) a décidé de suspendre six autres recommandations

de bonne pratique pour non-respect

des règles de gestion des conflits d’intérêts des experts

ayant participé à leur élaboration. Publiées entre 2005

et 2008, ces recommandations destinées aux médecins

concernent les spondylarthrites, la prévention vasculaire

après un infarctus cérébral, la polyarthrite rhumatoïde,

les complications d’un épisode dépressif

caractérisé de l’adulte et l’hypertension artérielle.

ÉDUCATION Des établissements

catholiques du Nord-Pas-de-Calais

réclament des moyens

Les quelque 600 établissements d’enseignement

catholique du Nord-Pas-de-Calais garderont jusqu’à

la fin de la semaine sur leurs façades une même

banderole : « Les suppressions d’emplois, ça suffit !

Nous voulons rester ouverts à tous. » Il s’agit de

dénoncer les 1 350 suppressions de postes que l’État

envisage pour les écoles privées, ainsi que l’attitude

de certaines collectivités territoriales qui refusent

de verser les contributions forfaitaires prévues par

la loi.

   

« Chaque année, 74 000 hectares de terres agricoles sont convertis en zones commerciales, infrastructures routières, lotissements. »

 

Un quart des exploitations agricoles a disparu depuis 2000, au bénéfice d’un agrandissement des exploitations restantes.

La déprise agricole a bénéficié pour l’essentiel aux zones urbanisées.

Les écologistes déplorent une tendance qui n’est pas favorable à la biodiversité.

 

Moins d’agriculteurs, c’est aussi moins de biodiversité

 

Inexorablement, la baisse du nombre d’agriculteurs se poursuit en France à un rythme soutenu. Les statistiques du recensement agricole rendues publiques la semaine dernière le montrent encore une fois : un quart des exploitations agricoles a disparu depuis 2000. « Ce n’est pas une bonne nouvelle pour l’environnement, assure Amandine Lebreton, coordinatrice agriculture à la Fondation pour la nature et l’homme (anciennement Fondation Nicolas Hulot). Que ce soit du point de vue de la vie rurale ou même strictement d’un point de vue environnemental, nous n’avons aucune raison de nous réjouir de cette évolution. »

Il est d’abord faux d’imaginer que la baisse du nombre d’exploitations entraîne le retour à l’état naturel de larges pans du territoire. L’augmentation de la taille des exploitations compense en effet quasi intégralement la réduction de leur nombre. En clair, sauf dans les régions les plus difficiles, une ferme libérée trouve immédiatement preneur. « La superficie moyenne des exploitations agricoles gagne 13 hectares, elle atteint 55 hectares en 2010 et même 80 hectares pour les moyennes et grandes exploitations », précise l’étude Agreste sur le recensement agricole. Alors que le nombre d’exploitations a chuté de 26 % entre 2000 et 2010, les surfaces agricoles, elles, n’ont reculé que de 3 %. «C’est une évolution qui va plutôt dans le mauvais sens, avance Jean-Claude Bévillard, chargé des questions agricoles à France Nature Environnement. Même si le mal est déjà fait en grande partie, le regroupement des parcelles a plutôt tendance à favoriser la mécanisation et la disparition des haies et des bordures végétales, qui sont des refuges de la biodiversité. » Pour Amandine Lebreton, le risque essentiel réside dans la spécialisation renforcée des régions et des exploitations, avec une « concentration des impacts sur l’environnement». Selon les statistiques d’Agreste, ce sont en effet les petites exploitations de polyculture élevage qui disparaissent le plus vite, alors que le nombre des exploitations « moyennes et grandes spécialisées en céréales et oléoprotéagineux » a lui tendance à augmenter.

Plutôt défavorable à la biodiversité, l’évolution actuelle peut cependant présenter un avantage. « La question des pratiques agricoles est essentielle, assure ainsi Christian Huygue. Ce sont souvent les petites exploitations, menées par des exploitants âgés, qui passent le relais. Les agriculteurs qui prennent la relève ont des niveaux de formation plus élevés et une plus grande capacité à innover. On constate ainsi qu’ils ont des pratiques plus raisonnées dans l’utilisation des engrais et des produits phytosanitaires, pour des motivations à la fois économiques, environnementales et même sanitaires. » Quant aux 3 % de terres qui en dix ans sont sorties de l’orbite de l’agriculture, elles ne retournent pas à l’état sauvage. Bien au contraire. Pour l’essentiel, elles sont absorbées par l’extension des villes, des zones industrielles et commerciales ou encore des infrastructures de transport. « Les espaces artificialisés se sont accrus d’environ 3 % entre 2000 et 2006 et occupent désormais plus de 5 % du territoire métropolitain, précise ainsi une étude du commissariat général au développement durable publiée en février 2011. Leur accroissement global entre 2000 et 2006 s’est fait à 90 % aux dépens d’espaces agricoles. » Avec des conséquences néfastes sur l’environnement, l’imperméabilisation des sols limitant leurs capacités d’épuration et de régulation des eaux. « Chaque année, 74 000 hectares de terres agricoles sont convertis en zones commerciales, infrastructures routières, lotissements », estime ainsi le ministère de l’agriculture. « Les lois Grenelle et la loi de modernisation agricole de 2010 tentent de lutter contre l’artificialisation des sols, mais sans résultat pour le moment », constate Jean-Claude Bévillard.

Une infime partie d’anciennes terres agricoles est ainsi livrée chaque année à l’embroussaillement, et à terme à la forêt. Mais même dans ce cas, le bilan environnemental n’est pas forcément bon. « La déprise agricole concerne surtout les zones de montagne, dans lesquelles les petits éleveurs n’arrivent plus à subsister, rappelle Amandine Lebreton. Or avec les prairies de montagne, l’agriculture avait créé un écosystème en équilibre, qui est menacé par ces changements. »

Mais c’est surtout la vie en milieu rural qui soucie aussi bien les agriculteurs que les associations écologistes.

« Comment vivra-t-on en Beauce, avec quatre voisins à des kilomètres à la ronde ? », s’inquiète ainsi Amandine Lebreton.

EMMANUELL E RÉJU,  La Croix, mardi 20 septembre 2011

 



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